Tellura
← Retour au roman

Chapitre 13

Chapitre 13 · 3039 mots · ~16 min de lecture

Je posai ma tête sur l’oreiller et, les yeux fixés au plafond, je commençai à attendre. Une impatience m’habitait. Je me demandais, avec anxiété, quel regard elle poserait sur moi à son réveil, ce qu’elle me dirait ; mais, sans en savoir la raison, je redoutais qu’elle ne s’éveille. En moi ne régnait ni le calme ni la sécurité que j’avais espéré trouver dès l’ouverture de ses yeux. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi. Pourquoi mon cœur tremblait-il encore, tel celui d’un accusé attendant son verdict ? Que pouvais-je désirer de plus d’elle ? Qu’espérais-je encore ? Tous mes souhaits ne s’étaient-ils pas réalisés jusqu’à leur ultime limite ?

Je sentais qu’une partie de moi restait vide, et que ce vide me causait une douleur presque physique. Quelque chose manquait, mais quoi ? J’étais aussi troublé qu’un homme qui, en sortant de chez lui, réalise qu’il a oublié quelque chose, s’arrête, fouille sa mémoire et ses poches sans parvenir à se rappeler quoi, puis, perdant tout espoir, reprend sa route l’esprit ailleurs, les pas réticents à avancer.

Après un moment, je remarquai que la respiration régulière de Maria s’était interrompue. Je soulevai doucement la tête et la regardai.

Elle fixait un point indistinct, sans bouger, sans même écarter les mèches de cheveux qui tombaient sur son visage. Bien qu’elle sût que je l’observais, elle ne tourna pas la tête et continua de contempler ce lieu inconnu. Elle ne clignait pas des yeux. Je compris qu’elle était éveillée depuis un bon moment, et je sentis soudain mes angoisses grandir, comme si un cercle invisible enserrait et comprimait ma poitrine.

Plus je songeais à l’inutilité de ces sentiments absurdes, de ces peurs déplacées, plus je m’irritais de devoir assombrir le jour le plus lumineux de ma vie par des chimères et de mauvais pressentiments.

Sans tourner la tête, elle demanda :

— Vous êtes réveillé ?

— Oui… Vous êtes réveillée depuis longtemps ?

— Depuis peu.

Sa voix me rendit courage. Cette voix, qui depuis longtemps était la plus douce connaissance de mes oreilles et n’éveillait en moi que de bons souvenirs, me remplit soudain d’allégement, comme un ami de confiance surgi de nulle part. Mais cet effet ne dura qu’un instant. Elle m’avait dit : « Vous êtes réveillé ? » Certes, ces derniers jours, nous nous étions adressé la parole tantôt avec « tu », tantôt avec « vous », au hasard. Mais au matin de cette nuit, était-ce ainsi qu’elle devait me parler ?

Peut-être n’était-elle pas encore tout à fait réveillée.

Elle se tourna vers moi dans le lit. Elle souriait. Mais ce n’était pas son sourire habituel, intime et chaleureux. Il ressemblait plutôt à ceux qu’elle réservait aux clients de l’Atlantik.

— Tu ne te lèves pas ? dit-elle.

— Je vais me lever… Et toi ?

— Je ne sais pas… Je ne me sens pas très bien. Un peu de fatigue… Peut-être à cause de l’alcool… J’ai aussi mal au dos.

— Peut-être as-tu pris froid hier soir, dis-je. Pourquoi fallait-il sortir dans les rues toute nue ?

Elle haussa les épaules et se retourna de nouveau.

Je me levai, me lavai le visage et m’habillai rapidement. Je l’avais sentie m’observer du coin de l’œil depuis son lit.

Une atmosphère pesante régnait dans la pièce. Pour faire de l’esprit, je dis :

— Un silence nous a envahis tous les deux… Qu’est-ce qui nous arrive ? Commencerions-nous à nous lasser l’un de l’autre, comme de vrais époux ?

Elle me regarda avec des yeux qui ne comprenaient pas ce que je voulais dire. Je me sentis encore plus mal à l’aise et me tus. Puis je m’approchai du lit : je voulais la caresser, briser la glace entre nous avant qu’elle ne s’épaississe. Elle se redressa aussi, laissa pendre ses jambes et enfila un léger cardigan. Elle continuait de me regarder. Il y avait dans son attitude quelque chose qui m’empêchait de m’approcher davantage. Finalement, d’une voix très calme, elle dit :

— Pourquoi es-tu si mal à l’aise ? Son visage pâle se teinta soudain d’une rougeur que je ne lui avais jamais vue. La poitrine se soulevant et s’abaissant lentement, elle poursuivit :

— Que veux-tu de plus ? Peux-tu désirer autre chose ? Moi, si… Je désire beaucoup de choses, et je n’en obtiens aucune… J’ai tout essayé ; rien n’y fait… Toi, tu peux être content maintenant ! Mais moi, que dois-je faire ?

Sa tête s’inclina. Ses bras retombèrent, sans vie. Le bout de ses pieds nus touchait le tapis. Elle relevait le gros orteil et recourbait les autres.

Je tirai une chaise et m’assis en face d’elle. Je saisis ses mains. D’une voix tremblante d’émotion, comme un homme sur le point de perdre son trésor le plus précieux, la raison de sa vie, je dis :

— Maria, Maria ! Ma Madone au manteau de fourrure ! Que t’arrive-t-il tout d’un coup ? Que t’ai-je fait ? Je t’avais promis de ne rien demander. N’ai-je pas tenu parole ? Qu’est-ce que tu racontes à cet instant où nous devrions être plus proches que jamais ?

Elle secoua la tête :

— Non, mon ami, non ! Nous sommes plus éloignés que jamais ! Car je n’ai plus aucun espoir. C’était la dernière fois… Je me suis dit : essayons cela aussi. Peut-être que c’est ce qui manquait. Mais non… En moi, il y a toujours ce vide… Encore plus grand… Que faire ? Ce n’est pas ta faute… Je ne suis pas amoureuse de toi. Pourtant, je sais très bien que je devrais l’être, que je ne pourrai jamais aimer personne si je ne t’aime pas, que je dois abandonner tous mes espoirs… Mais je n’y peux rien… Je suis ainsi… Il n’y a qu’à l’accepter… Comme j’aurais voulu… Comme j’aurais voulu être différente… Raif, mon bon ami… Sois sûr que j’ai souhaité être différente autant que toi, même plus que toi… Que faire ? Je ne sens rien d’autre que l’amertume des boissons d’hier soir dans ma bouche, et les douleurs croissantes dans mon dos.

Elle se tut un instant. Elle ferma les yeux. Son visage prit une douceur tendre. D’une voix aussi douce que si elle racontait un conte de son enfance, elle dit :

— Hier soir, surtout après être venue ici, un instant j’avais tant espéré… Je croyais qu’une main magique me transformerait complètement, que des émotions innocentes comme celles d’une petite fille, mais assez puissantes pour embraser toute ma vie, surgiraient dans mon âme, que je me réveillerais ce matin comme si je naissais dans un autre monde. Mais la réalité est si différente… Le ciel est couvert comme toujours ; ma chambre est froide… À côté de moi, un être malgré tout étranger, bien que proche, séparé de moi, autre que moi… De la fatigue dans mes muscles et mal à la tête…

Elle se recoucha sur le dos. De la main, elle se couvrit les yeux et continua :

— Ainsi, les humains ne peuvent s’approcher les uns des autres que jusqu’à une certaine limite ; au-delà, chaque pas pour se rapprocher les éloigne davantage. Comme j’aurais aimé que notre rapprochement n’ait ni limite ni fin. Ce qui m’afflige surtout, c’est que cet espoir aussi est vain… Il n’est plus nécessaire de nous tromper… Nous ne pourrons plus parler aussi librement qu’avant… Nous ne pourrons plus nous promener main dans la main comme deux camarades insouciants… Pourquoi, pour quoi avons-nous sacrifié tout cela ? Pour rien ! En voulant posséder quelque chose qui n’existe pas, nous avons perdu ce qui existait… Est-ce que tout est fini ? Je ne le crois pas. Je sais que nous ne sommes ni l’un ni l’autre des enfants. Il faut seulement nous reposer un moment et rester éloignés l’un de l’autre. Jusqu’à ce que nous ressentions à nouveau le besoin impérieux de nous revoir… Va-t’en maintenant, Raif. Quand ce moment viendra, je t’appellerai ; peut-être redeviendrons-nous amis, et cette fois nous agirons plus sagement. Nous n’attendrons ni n’exigerons l’un de l’autre plus que ce que nous pouvons donner… Va-t’en, maintenant… Je veux tant être seule…

Elle avait retiré sa main de ses yeux. Elle me regardait presque en suppliant. Elle tendit le bras. Je saisis le bout de ses doigts et dis : « Adieu. »

— Non, non, pas comme ça… Vous partez fâché… Que vous ai-je fait ? s’écria-t-elle.

Faisant un immense effort pour rester calme, je répondis :

— Je ne suis pas fâché, je suis peiné.

— Ne suis-je pas peinée, moi ? Ne me vois-tu pas ?… Ne pars pas ainsi… Viens !

Elle attira ma tête contre sa poitrine et caressa mes cheveux. Elle frotta sa joue contre la mienne :

— Souriez-moi une fois, et après partez, dit-elle.

Je souris et, me couvrant le visage de la main, je m’enfuis dehors.

Dans la rue, je me mis à marcher au hasard. Le quartier était désert, la plupart des magasins fermés. J’allais vers le sud. Des tramways et des omnibus aux vitres embuées passaient à côté de moi. Je marchai… Des maisons aux façades sombres, des trottoirs pavés commencèrent… Je poursuivis mon chemin… J’ouvris mon manteau car je transpirais. J’étais arrivé aux limites de la ville. Je marchai encore… Sous les ponts de chemin de fer, au-dessus des canaux gelés, je marchai… Toujours je marchai. Des heures durant. Je ne pensais à rien. Je clignais des yeux à cause du froid et j’avançais à grands pas rapides, comme si je courais. Des deux côtés, il y avait des forêts de pins plantés en rang. De temps en temps, des paquets de neige tombaient des branches avec un bruit sourd : paf ! Des gens à bicyclette me dépassaient, et un train passa au loin, faisant trembler le sol. Je marchai… Sur la droite, je vis un assez grand lac, et sur sa surface, une foule patinait. Je bifurquai entre les arbres et me dirigeai de ce côté. Partout dans la forêt, il y avait de longues traces de ski entremêlées. Dans les bosquets entourés de grillages, de minuscules plants de pin, chargés de neige, frissonnaient comme des enfants en manteaux blancs. Au loin, il y avait un pavillon de campagne en bois à deux étages. Sur le lac, des filles en jupes courtes et des garçons aux pantalons serrés aux chevilles glissaient sans s’arrêter. Ils levaient une jambe en l’air, tournaient sur place, se prenaient par la main et s’éloignaient vers un promontoire au loin. Les écharpes colorées des filles et les cheveux blonds des garçons volaient au vent ; leurs corps s’inclinaient régulièrement de droite et de gauche, et leurs silhouettes semblaient tantôt s’allonger, tantôt se raccourcir.

Je remarquais tout cela. Je marchais, m’enfonçant jusqu’aux chevilles dans la neige, et je remarquais chaque détail. Je contournai le pavillon par l’arrière et me dirigeai vers les arbres de l’autre côté. Je me souvenais avoir déjà vu cet endroit, mais je n’arrivais ni à me rappeler quand, ni à situer précisément l’endroit. À quelques centaines de mètres du pavillon, sur une petite éminence, se trouvaient quelques vieux arbres. Je m’arrêtai là. Je me remis à regarder la foule sur le lac.

Je marchais depuis peut-être quatre heures. Je ne me rendais pas compte pourquoi j’avais quitté la route pour venir ici, ni pourquoi je ne faisais pas demi-tour. La brûlure à ma tête avait diminué, le picotement à la racine de mon nez avait disparu. Seule subsistait en moi une sensation de vide terrible. Une période de ma vie que j’avais crue la plus pleine, la plus significative, s’était soudain vidée, perdant tout son sens. J’avais le cœur serré, comme quelqu’un qui, après avoir vu la réalisation de ses plus doux espoirs en rêve, se réveille à une amère réalité. Je n’étais vraiment pas fâché contre elle ; je n’étais pas en colère du tout. Seulement peiné. « Cela n’aurait pas dû se passer ainsi », me disais-je. Ainsi, elle ne pouvait pas m’aimer. Elle avait raison. Dans ma vie, personne, jamais personne, ne m’avait aimé. D’ailleurs, les femmes étaient des créatures bien étranges. Quand je voulais rassembler tous mes souvenirs pour porter un jugement, j’arrivais à la conclusion que les femmes ne pouvaient jamais aimer véritablement. Une femme n’aime pas quand elle le pourrait ; elle ne s’afflige que de désirs inassouvis, veut réparer son amour-propre blessé, regrette les occasions perdues, et tout cela lui apparaît sous les traits de l’amour. Mais je compris vite qu’en pensant ainsi, je faisais du tort à Maria. Malgré tout, je ne pouvais pas la considérer comme une telle créature. D’ailleurs, j’avais vu combien elle aussi souffrait. Il était impossible qu’elle soit si peinée uniquement par pitié pour moi. Elle aussi brûlait pour quelque chose qu’elle cherchait et ne trouvait pas. Mais qu’était-ce donc ? Qu’est-ce qui manquait en moi, ou plutôt dans notre relation ?

C’est une chose amère que de découvrir, au moment où l’on croit qu’une femme nous a tout donné, qu’en réalité elle ne nous a rien donné ; et d’être obligé d’admettre qu’au moment où on la croit le plus proche, elle est aussi distante que si tous les lointains nous séparaient.

Cela n’aurait pas dû être ainsi. Mais, comme Maria l’avait dit, il n’y avait rien à y faire ; surtout de mon côté…

De quel droit agissait-elle ainsi envers moi ? Depuis des années, je menais une vie tant bien que mal, sans voir clairement le vide, attribuant ma fuite des hommes à l’étrangeté de ma nature ; je me laissais porter, sans même avoir une idée de ce qui pourrait me rendre heureux. Je ressentais ma solitude et j’en souffrais, mais je n’espérais pas qu’il soit possible d’en sortir. J’étais dans cet état lorsque Maria, ou plutôt son tableau, était apparue devant moi. Elle m’avait soudain arraché à mon monde silencieux et obscur, pour me conduire vers la lumière et la vraie vie. C’est alors seulement que j’avais pris conscience que j’avais une âme. Maintenant, aussi soudainement et sans raison qu’elle était venue, elle s’en allait. Mais pour moi, il était désormais impossible de retrouver le sommeil d’avant. Aussi longtemps que je vivrais, je parcourrais des lieux divers, je ferais la connaissance de gens dont je connais ou ignore la langue, et partout, en chacun, je chercherais elle, Maria Puder, la Madone au manteau de fourrure. Je savais déjà que je ne la trouverais pas. Mais il ne serait pas en mon pouvoir de ne pas chercher. Elle me condamnait à chercher toute ma vie un inconnu, quelque chose qui n’existe pas. Elle n’aurait pas dû faire cela…

Les années à venir me semblaient d’une tristesse insupportable. Je ne trouvais aucune raison de supporter ce fardeau. Au plus profond de mes pensées, un voile se déchira. Je me rappelai où je me trouvais. Ce lac, c’était le Wannsee. Un jour, en allant avec Maria Puder à Potsdam visiter le parc du palais de Frédéric II, « Sans Souci », elle m’avait montré cet endroit par la fenêtre du train, en me disant que sous ces arbres où je me trouvais maintenant, il y a plus de cent ans, le malheureux poète allemand Kleist et sa bien-aimée s’étaient suicidés ensemble.

Qu’est-ce qui m’avait amené ici ? Pourquoi, en marchant au hasard, avais-je tout de suite bifurqué quand mon regard avait accroché ces parages ? Pourquoi, à peine sorti de chez moi, avais-je pris cette direction comme si j’étais convenu de venir ici ? Après m’être séparé de l’être en qui j’avais le plus confiance au monde, après avoir entendu ses paroles sur la limite que deux humains ne peuvent dépasser dans leur rapprochement, venant à l’endroit même où ces gens, qui étaient allés ensemble jusqu’à la mort, avaient quitté la vie, est-ce que je lui répondais d’une certaine manière ? Ou avais-je simplement voulu me convaincre, me rappeler qu’il existe dans le monde des amours qui ne s’arrêtent pas à mi-chemin ? Je ne sais pas. Je ne peux même pas déterminer avec certitude si je pensais à tout cela à ce moment-là. Mais l’endroit où je me trouvais se mit soudain à me brûler les pieds ! Je croyais voir la femme et l’homme, allongés côte à côte, une balle de revolver dans la poitrine de l’une, dans la tête de l’autre. Je croyais marcher sur leur sang, qui coulait en serpentant entre les herbes et se rejoignait en une petite flaque. Leur sang s’était mêlé comme leur destin. Et voilà, ils reposaient là, à quelques pas devant moi. Toujours ensemble… Je me mis à courir en sens inverse, sur le chemin par lequel j’étais venu.

D’en bas, du lac, montaient des rires. Des couples, se tenant par la taille, tournaient sans cesse, comme partis pour un voyage sans fin. De la porte du pavillon, qui s’ouvrait de temps en temps, s’échappaient des bruits de musique et de pas. Ceux qui étaient fatigués de patiner grimpaient la pente vers le pavillon, voulant sans doute se réchauffer avec un grog et danser un peu.

Ils s’amusaient. Ils vivaient. Et moi, je comprenais qu’en me renfermant dans ma tête et dans ma seule âme, je n’étais pas au-dessus d’eux, mais en dessous. Je sentais que ce que j’avais cru jusqu’alors être une particularité, un surplus, n’était en réalité qu’une infirmité : le fait d’être séparé de la masse. Ces gens vivaient comme il faut vivre dans le monde, accomplissaient leurs devoirs, ajoutaient quelque chose à la vie. Qu’étais-je, moi ? Mon âme, que faisait-elle d’autre que me ronger comme un ver du bois ? Ces arbres, la neige qui couvrait leurs branches et leurs pieds, ce bâtiment de bois, ce gramophone, ce lac et la couche de glace à sa surface, et enfin tous ces gens divers étaient occupés à faire ce que la vie leur avait donné à faire. Chacun de leurs mouvements avait un sens, un sens invisible au premier regard. Moi, je vacillais comme une roue de charrette qui a sauté de son essieu et roule à vide, et je m’efforçais de tirer de cet état des privilèges pour moi-même. J’étais sûrement l’homme le plus inutile du monde. La vie ne perdrait rien à me perdre. Personne n’attendait rien de moi, et je n’attendais rien de personne.

Commentaires